L'EGLISE Sainte Eulalie de TALAZAC, modeste édifice qui a la taille ordinaire d'une maison. Le mur-clocher, qui permet d'identifier l'église, pourrait dater de la fin du Moyen-Âge, comme l'entrée en arc brisé. Un tirant métallique en forme de « 8 » renforce le mur fragilisé.
   Clôturé d'un mur de galets caractéristique de la vallée de l'Adour, le cimetière est un espace intermédiaire (sorte d'espace initiatique) entre l'espace profane qu'est la rue et l'espace sacré qu'est l'église. Un chemin recouvert d'une « calade » mène de l'entrée du cimetière à celle de l'église.

   À l'intérieur, face à la porte, l'armoire baptismale gris-bleuté abrite les fonts baptismaux. Leur emplacement symbolique indique que le baptême fait entrer dans la communauté des chrétiens.

   Le sol est dallé de carreaux de terre cuite à peine teintée, datant des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils sont ornés d'un motif fait à l'aide d'une roulette qui est également une marque propre à un fabricant.
   Il en est de même des traces de pattes de chien ou de poule qui sont des marques de tâcherons qui se faisaient payer au nombre de carreaux posés. Ceux qui étaient cassés ont été remplacés ultérieurement par des carreaux sans motif. La tribune a une balustrade en bois peint en gris-bleuté comme au XVIIIe siècle.

   La poutre qui la soutient est teintée ocre-rose. Ces couleurs douces changent d'aspect et vibrent selon l'heure et la lumière.

   La voûte en bois a été refaite dans l'esprit du XVIIIe siècle. Elle est composée d'un parquetage et de nervures, faux arcs en bois, ornées de clés de voûte simples.

   Le siège du célébrant en bois ciré, qui devait se trouver du côté Épître, doit dater du XIXe siècle. L'église de Talazac est orientée (c'est-à-dire vers l'est). Son chevet est plat.

   Ce mur de l'abside est occupé par un grand tableau : une toile peinte à l'huile du début du XVIIIe siècle qui représente la Crucifixion avec quatre personnages au pied de la Croix. On y voit saint Jean qui soutient la Vierge affligée, Marie-Madeleine qui pleure «comme une madeleine», et, singulièrement, sainte Eulalie. Seules, deux églises des Hautes-Pyrénées sont placées sous l'invocation de cette sainte espagnole : l'église de Talazac et celle, proche, de Camalès. Avant sa restauration en 1993, cette toile avait des couleurs sombres, ternes, éteintes, qui ne permettaient plus de voir les détails. Ces couleurs ont depuis repris tout leur éclat. Dorénavant, on voit bien le modelé de la peinture d'origine : le corps du Christ et les drapés qui sont de qualité. Marie était représentée avec des vêtements rouges et bleus (gris-bleuté ici) jusqu'au XIXe siècle où on la pare de blanc et de bleu. Des traces de peinture grise ayant été retrouvées sur le cadre, les restaurateurs ont peint un faux-marbre des Pyrénées. Pour arriver à ce beau résultat, les restaurateurs ont d'abord nettoyé la toile pour enlever le vernis qui s'était opacifié avec le temps (cette altération est appelée le chanci). Puis ils ont passé un produit pour assouplir les couches de peinture afin d'éviter qu'elles ne s'écaillent. Ils ont rentoilé, c'est-à-dire, collé une nouvelle toile derrière l'ancienne pour renforcer cette dernière. Ils ont ensuite posé un châssis (cadre), à clés dans les angles, pour bien tendre la toile. Les restaurateurs ont enfin repeint les parties manquantes de la couche picturale et appliqué des couches de vernis satiné pour protéger la peinture.

   Le tabernacle, en bois sculpté et doré à la feuille, est assez simple. Son coffre a des ailes en amortissement. Leurs écoinçons sont décorés d'un motif végétal. La porte est cintrée dans sa partie haute comme cela se faisait au XVIIIe siècle.

   Le motif sculpté est celui du Pélican mystique, symbole du Christ qui nourrit ses fidèles de son corps comme le pélican qui, selon une croyance ancienne, aurait alimenté ses petits avec ses entrailles.

   L'entablement (architrave, frise, corniche) est supporté par des colonnes salomoniques (torses) et des anges-termes. Une balustrade borne la niche d'exposition du Saint-Sacrement. Elle a des ailes avec enroulements en amortissement et un dais orné de lambrequins qui imitent les bordures à festons d'un lourd tissu. Ce tabernacle baroque fait penser à ceux réalisés par Marc Ferrère, sculpteur à Asté dans le premier tiers du XVIIIe siècle. Il est très ressemblant à un projet de tabernacle pour l'église d'Ossun, visible sur un dessin de Marc Ferrère1. Il est probable qu'il ait également travaillé pour Talazac aux alentours de 1710. Ce tabernacle de Talazac a fait l'objet d'une restauration en 1994-1995. Il a été nettoyé; quelques lacunes, des balustres par exemple, ont été resculptées. Les restaurateurs ont enlevé la peinture à la bronzine qui avait recouvert la feuille d'or. Ils ont redoré certaines parties qui ont été patinées, usées, pour les harmoniser avec les parties dorées d'origine.

   L'humidité du sol avait dû détériorer gravement l'autel en bois du XVIIIe siècle. Sa partie haute, seule conservée, a été réemployée en traverse supérieure d'un nouvel autel à cadre en bois.
   Cette partie haute étant l'identique de celle de l'autel d'Estirac (de même en basse vallée de l'Adour), les montants ont été refaits suivant ce modèle : des têtes d'angelots d'où partent les guirlandes (autrefois, des chutes de fleurs piquées sur un drap). Les feuilles d'or et d'argent (ou d'or blanc) ont été recouvertes de gomme laque transparente verte ou rouge pour recouvrir les feuilles et les fleurs de tournesol.


Retour