L'EGLISE de SERON est construite sur une motte circulaire entourée d'un fossé.



   Comme le montre le plan cadastral de 1817, le cimetière occupe la partie sommitale de la motte.

   L'édifice ne ressemble pas aux églises traditionnelles. De plan rectangulaire avec un chevet plat, le bâtiment frappe par sa verticalité anormalement développée (11 mètres de hauteur pour seulement 17 mètres de longueur). Des encadrements de fenêtres murées et d'une archère se distinguent sur les façades. C'est en fait un château médiéval réutilisé. L'église, qui existe au moins depuis le début du XVe siècle, est dédicacée à Saint Michel.
   L'archange Michel est un saint guerrier, célèbre pour sa fidélité. Il est très populaire au début du XVe siècle auprès des partisans des Valois qui en font le défenseur de leur cause face au roi d'Angleterre. Or la transformation du château en église semble dater de la Guerre de Cent Ans. Des traces de peintures murales subsistent entre la voûte de l'église et la charpente.

   Un trésor d'un millier de pièces de monnaie en argent, frappées à Morlaàs au XIe siècle, a été découvert près de la motte. Quand et pour quelle raison ces deniers et oboles ont-ils été enterrés là ?

   L'église a été incendiée par les protestants de Montgoméry en 1575.

   Ce n'est qu'en 1845 que le clocher prend l'aspect du clocher qu'il a de nos jours.

   L'encadrement carré du Chrisme médiéval est inhabituel. On peut y lire les lettres grecques ??(istos, Christ), ? (alpha, début) et ? (oméga, fin) de toutes choses. S(auveur), PAX et LUX, mots latins signifiant Paix et Lumière. Une ancre stylisée se confond avec la lettre grecque ?.

   Les lignes directrices verticales sont très marquées dans l'ensemble autel-tabernacle-retable. Le mot retable vient de contre-table d'autel.
   Le retable est architecturé comme une façade. Il est composé de trois travées rythmées par des colonnes. Ces colonnes et le panneau central sont une grande hauteur par rapport à la largeur. Il est probablement l'œuvre de Simon Boisson car on sait qu'il a réalisé le tabernacle en 1699. Cet artiste originaire de Montpellier, était installé à Vic où il avait réalisé le retable.
   Le panneau central est traversé en diagonale de la gauche vers la droite, ce qui renforce l'impression de dynamisme, par la sculpture en haut-relief de Michel. Cet archange, resté fidèle à Dieu, à la différence de Lucifer, combat les anges déchus du Paradis céleste, devenus des diablotins qui tentent de sortir des flammes de l'Enfer.
   Les démons sont sculptés dans les flammes comme au Moyen-Âge mais ils ont les joues bouffies de l'art baroque. Leur côté monstrueux des anges déchus est montré par les cornes, les oreilles pointues, les ailes vertes, les orteils palmés, les yeux exorbités.

   Le haut-relief sculpté dans la partie supérieure du panneau central, représente Dieu le Père entouré d'angelots au Paradis. Les flammes qu'il tient dans les mains, à la place de habituelle du globe terrestre, le rendent menaçant. Le bois est peint pour les carnations. Il est recouvert de feuilles d'or pour les vêtements et de feuilles d'argent gris-bleu pour les nuages. Elle sont polies à la pierre d'agate afin de bien accrocher le peu de lumière qui éclairait l'édifice avant l'installation de l'électricité. Notez les plis des drapés qui donnent l'impression du mouvement et permettent les jeux d'ombre et de lumière. L'artiste a accolé le vert et le rouge sur la corniche cintrée car ces couleurs ne sont par mêlées par notre œil, elles gardent leur singularité alors que le bleu et le rouge seraient perçus violet.
   L'eucharistie étant conservée dans le tabernacle, celui-ci est particulièrement soigné. Son étage principal est développé en trois parties scandées par des colonnettes aux fûts lisses à la base puis cannelés et surmontés de chapiteaux corinthiens. Elles soutiennent l'entablement avec l'aide de deux cariatides dont les bras forment des sortes de spirales emmenant du mouvement et incitant le regard à s'élever.
   À l'étage supérieur, une statue de la Vierge occupe la niche d'exposition du Saint Sacrement pour indiquer qu'elle a donné naissance au Christ contenu dans l'armoire eucharistique placée au-dessous.
   La porte de l'armoire eucharistique est ornée d'un trièdre qui symbolise le Dieu en trois personnes : Père, Fils et Saint-Esprit. Il est entouré d'une gloire qui irradie.
   Au-dessus, un linge poussé par le vent forme un nimbe autour de la tête en haut-relief de Dieu le Père. Il a un visage apaisé et il tend le bras pour accueillir. Ses mains, difficiles à sculpter, sont disproportionnées. Le panneau qui entoure la porte est gravé d'une décoration qui donne du relief permettant à la lumière de jouer. De même, les décrochements de l'entablement et les cubes de la corniche font alterner l'ombre et la lumière.
   Des scènes de la Passion sont sculptées en bas-relief sur les bas-côtés du tabernacle : un Christ aux liens, entouré de soldats romains.
   La Flagellation.
Statuette de Saint Michel terrassant le dragon qui symbolise le Mal. Saint Paul aurait dû occuper cet emplacement, traditionnellement dévolu à l'Église prophétique. Remarquez le fond orné de guillochures qui font jouer la lumière.
   La statuette de Saint Pierre qui devrait se trouver à la place de celle de Saint Paul, côté habituel pour représenter l'Église hiérarchique.
   L'autel-tombeau (évasé) galbé, en bois, est peint en faux-marbre languedocien. Il est orné d'un cartouche floral au centre et de motifs végétaux en bois dorés à la feuille aux angles.
   Les panneaux du piédestal de la colonne sont peint en marbre feint de Campan et ceux du soubassement du retable en marbre blanc veiné de gris-vert (de Saint-Béat non?). La plinthe est en faux-marbre noir. Ils sont polis à la pierre d'agate afin de les rendre brillants.
   Colonne torse ornée de pampres et d'oiseaux qui picorent les grains de raisin qui luisent grâce à la feuille d'argent appliquée sous la peinture. Le bois de tilleul, facile à sculpter, est recouvert d'une dizaine de fines couches de plâtre (appelé blanc d'Espagne) qui cachent les craquelures du bois qui travaille avec les différences d'humidité.
   Sur le panneau latéral du retable, une chute de fleurs que l'on dirait piquées sur un drap, ancêtre de nos guirlandes, encadre une fausse niche peinte en trompe-l'œil bleu sombre pour donner l'illusion de l'ombre et de la profondeur. La statue est posée sur une console sculptée en forme d'ange. Les différents vêtements superposés de Saint Ambroise se distinguent parfaitement. Les plis très fins du dessous simulent le tissu d'un surplis alors que ceux, plus épais, pesant du dessus figurent une chape. La main a un modelé réaliste, très réussi. La volute de la crosse de cet évêque est travaillée à la feuille d'argent.
   Saint Augustin tient son cœur enflammé par sa conversion comme il l'écrit dans ses Confessions. Les drapés flottants et les personnages saisis en train d'avancer donnent l'illusion du mouvement qui est une caractéristique de l'art baroque.
   Des verticales construites comme des pilastres séparent les panneaux du lambris ciré ( XVIIIe siècle) qui tapisse de sa couleur chaude les murs latéraux du chœur.
   La restauration du panneau de Saint Sébastien n'a pas tenu compte des objectifs du sculpteur : les trous censées avoir été faits par les flèches de son martyre n'ont pas été peints comme des plaies. Le panneau devait se trouver derrière la Vierge dans la chapelle latérale.
Dans la chapelle latérale, l'étroitesse du panneau et celle du coffre sont compensées par des ailerons à enroulements formant des volutes. Les courbes et contre-courbes sont caractéristiques de l'art baroque.
   L'église de Séron sur la motte est représentée à l'arrière-plan sur le vitrail de la Vierge à l'Enfant. Ce vitrail qui montre la tendresse maternelle, est l'œuvre du maître-verrier tarbais, M. Letienne en 1944. Les noms des généreux donataires sont indiqués.
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