Le patrimoine de LAGARDE et de GAYAN jusqu'au XVIII° siècle.


      Le " Castèth Crabèr " domine Lagarde ainsi que le chemin de crête d'origine protohistorique.


      Il y a un site d'éperon de coteau barré.


      Le lieu est fortifié par deux enceintes.
      Deux entrées en zigzag permettent de franchir le fossé extérieur (détail A).





      L'enceinte extérieure se compose d'un fossé profond de 4 mètres et ...


      ... d'un talus de 10 mètres de haut.



      Le chemin de ronde a plus de deux mètres de largeur.



      Les archéologues ont trouvé des tessons de poteries qui leur permettent de l'occupation du lieu.
      La plupart remontent à la Protohistoire (ou Age des Métaux), période entre la Préhistoire et l'Histoire.





      Toponymie: c'est l'étude du nom des lieux. Elle nous apprend que les noms finissant par os et er comme Ibos ou Ger datent d'avant l'arrivée des Romains.



      Les toponymes ayant pour suffixes an et acsont d'origine latine et gallo-romaines.
      Ceux ayant pour suffixes en-ac(um) ou en-an(um), comme Urac Cantillac ou Gayan signifient "domaine de" Gaius etc.
      La Poutgette, toponyme présent à Gayan, indique un vieux chemin romain.
      L'archéologue Fr. Guédon, a probablement découvert une villa romaine près de là.



      Ce camp protohistorique, appelé oppidum, était-il un habitat fortifié permanent ou un refuge temporaire ?



      Des tessons d'époque romaine et du Moyen Age prouve que ce lieu à été réutilisé jusqu'au XV° siècle. Le " loco dicto Casted Crabee " est mentionné en 1285.



      Avec un kilomètre de fossés, ce camp protohistorique est le plus grand et le mieux conservé du département.



      La rue, les cours d'eaux et la forme des parcelles, bien visible sur le cadastre napoléonien, font remarquer une zone circulaire autour de l'église de Gayan .
      Pourquoi ?




      Le canal du moulin a pu être un fossé défensif.




      Au XI° siècle, la puissance appartient aux cavaliers lourdement armés ...




      ... qui ont des terres et des paysans qu'ils protègent par un château sur motte comme à ...

                    ... Oursbelille.




      Les châteaux étaient d'abord en bois.



      Ces seigneurs s'attaquent à ceux qui ne se soumettent pas à leur autorité.



      Alors se mettent en place les villages ecclésiaux, c'est-à-dire groupés autour de l'église, car les habitants trouvent un refuge sacré dans cet enclos souvent fortifié. Au centre, une levée de terre rectangulaire ...



      ... supporte l'église entourée du cimetière qui sont donc surélevés. Fr. Guédon y à trouvé de nombreux tessons de poteries du Moyen Age. Ceci indique que ce cimetière a été habité aux XIII° et XIV° siècles.
Le cimetière au centre, était peut-être un réduit fortifié ...


      ... contenant un habitat temporairement protégé ...


      ... pendant la guerre de Cent Ans (XIV°- XV° siècles).


      Gayan devait avoir un cimetière fortifié ...


      ... dans un village ecclésial ...


      ... lui aussi apparemment fortifié au Moyen Age.



      Derrière l'église, deux restes de murs épais ...



      ... sont probablement les vestiges de l'enceinte du Moyen Age.






      Le cadastre napoléonien montre que le plan d'Ibos ressemble beaucoup à celui de Gayan mais à Ibos le village a continué à se développer autour de l'église alors qu'à ...



      ... Gayan, l'habitat s'est déplacé par la suite.



      Dans un angle de l'enclos, le château a remplacé une tour du Moyen Age construite après la fondation du village.



      Le pont typique de la Bigorre, est fait de grosses ardoises ("labasses" d'ou vient le nom du village de Labassère).
Le mur de la grange du château est construit en galets rangés pour former un décor.



      L'église de Gayan a un mur-clocher qui doit dater de la fin du Moyen Age.
      Il a deux baies de cloche.



      Il ressemble à ce mur-clocher de l'ancienne église de Bordères.



      L'église d'Aast possède également un mur-clocher.



      Une prière contre les tempêtes est marquée en latin sur le grosse cloche qui doit dater du XVI° ou du début du XVII° siècle.



      Au virage de la place, le portail apparaît.
      Il est juste dans l'axe de la porte de l'église.
      Ceci n'est pas le fruit du hasard.



      La porte a un encadrement en marbre gris bleuté avec une clé de voûte plus claire sur laquelle est gravée la date de 1763.



      La porte est monumentale avec ses pilastres qui soutiennent un arc plein cintre surmonté d'un fronton décoré de volutes.
      Les ouvrants sont en bois travaillé au XVIII° siècle.



      Dans l'axe de la porte du XVIII° siècle, l'arc brisé de l'ancienne porte est décorée d'une peinture murale.
      Elle doit dater de la construction de la nouvelle porte.



      Le mur est peint de fausses pierres, de faux pilastres en faux marbres orangés, animés par des veines courbes.
      D'une cantonnière peinte pendent de faux rideaux plissés. C'est un trompe-l'œil qui fait penser à un théâtre et les couleurs sont chaudes ce qui est caractéristique de l'art baroque.



      Les fonts baptismaux doivent dater de la fin du XVII° siècle.
      La cuve est mise en valeur par la peinture murale.



      Cette armoire du XVIII° siècle fermait les fonts baptismaux.



      Accrochée au mur de la nef, la chaire du XVIII° siècle est surmontée d'un abat-voix.
      Elle est en bois peint de faux marbres.



      Une peinture sur toile avec son cadre en bois sculpté et doré à la feuille représente Sainte Catherine.
      Elle date du XVII° ou XVIII° siècle.



      L'autel, le tabernacle sont en bois sculpté, peint et doré à la feuille. Ils ont certainnement été construits par Jean Brunelo dans la première moitié du XVIII° siècle.
      Le retable est bâti comme une architecture. Il a trois étages et trois volets compartimentés par des colonnes torsadées qui donnent du mouvement et incitent le regard à monter.



      Le retable ressemble à celui d'Avezac.



      Le couronnement est très grand et il reproduit la disposition de l'étage central.
      C'est typique du travail du sculpteur tarbais Brunelo.



      Le tabernacle est décoré de statuettes de la Vierge et des saints dont Pierre, le premier pape.
      L'autel du début du XIX° siècle est galbé.



      Le couronnement du tabernacle est composé d'une niche pour exposer le corps du Christ ou la statue de Marie ...



      ... et de panneaux latéraux ajourés afin de décorer.



      Les couleurs chaudes contrastent avec les couleurs froides.
      A l'étage central, des niches accueillent les statues des parents de Saint Jean-Baptiste.
      Au centre, le saint patron de la paroisse, Saint Jean-Baptiste est représenté ...



      ... en ronde-bosse pour la tête et
      en bas-relief pour le corps.



      Les corps sont enveloppés dans des draperies plissées flottantes.



      L'or permet à la lumière de faire ressortir les formes.



      Le couronnement du retable a un panneau central sculpté en haut-relief qui représente la décollation de Saint Jean-Baptiste.



      Les côtés sont décorés de guirlandes, de volutes, de feuillages enroulés aux colonnes qui sont surmontés de chapiteaux corinthiens.



      Des anges, en déséquilibre sur la corniche, font le lien entre les étages.



      Les anges étaient posés sur des colonnes du retable principal ...



       ... comme à l'église d'Avezac.



       ... comme à l'église d'Avezac.



      Les artistes baroques aiment le mouvement.
      Les courbes et contre-courbes sont nombreuses.
      La décoration est riche, complexe.
      L'art baroque cherchait à impressionner, à éblouir pour attirer les fidèles et à leur montrer ce qu'il fallait croire.
      Il sert l'Eglise catholique contre les protestants.



      Un seul œil est sculpté, vu de profil ...



      ... alors que la bouche et le nez sont en entier, vus de face.



      Gayan possède du Picasso avant l'heure.



      Le retable de la chapelle de la Vierge date des XVIII° et XIV° siècles.
      Observez les murs ...



      ... des restes de peintures murales du XVI° siècle laissent deviner un prêtre agenouillé.



      Ce censier de 1313, écrit en latin sur un parchemin, est conservé aux Archives nationales.
      Il s'agit de la liste des redevances dues au comte de Bigorre par les tenanciers en échange de leurs tenures (parcelles de terres, habitations ...).
      Gayan était le fief du seigneur de Lafitole. La communauté ne dépendait pas de la justice du comte et ne lui devant pas le service militaire.



      Par contre, la communauté devait payer XXX sous morlans pour la taxe sur les cerfs (les non-libres).
      Les habitants ayant des brebis devaient en donner une au compte tous les trois ans.



      Le censier de Bigorre de 1429 est écrit en occitan. A cette date Gayan était le fief bigourdan d'un seigneur béarnais : le baron d'Andoins.
      Le comte et le baron se partageaient la justice. Le premier laissait à son vasal la justice civile et pénale sauf pour les crimes de sang.
      La communauté comptait 98 maisons dont un moulin. La plupart des tenures avaient moins de trois hectares.



      Le comte percevait toujours la même taxe sur les cerfs et l'élevage des brebis.
      Il prélevait aussi des redevances sur les péages et les changements de tenanciers. Ces deux dernières taxes dépendaient du droit de ban dont les seigneurs s'étaient emparés lorsque le pouvoir du Roi était faible.



      Le livre-terrier de Gayan a été écrit en 1615, sous le règne de Louis XIII.
      Il a environ treize générations.
      Il est conservé aux Archives départementales.
      Sa couverture est en parchemin c'est-à-dire en peau de mouton tannée.



      Il possède une table des noms des chefs de familles classés par ordre alphabétique.
      Les pages sont en papier chiffon.



      Il s'agit d'un registre où sont marqués les droits du seigneur, sorte d'ancien cadastre où les habitants ont déclaré leurs propriètés.



      On distingue un filigrane, dessin visible par transparence, qui est la marque du moulin où a été fabriqué le papier chiffon.



Bibliographie :
F. Guédon : Inventaire archéologique.
L'occupation du sol au Moyen-Age dans le canton de Tarbes Nord. (Hautes-Pyrénées) Mémoire de maîtrise. U. T. L. M, 1991
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